Le cassis…une panacée ?

Actuellement, quand tout le monde cherche la plante médicinale merveilleuse dans tous les coins de la terre, à Madagascar, en Afrique ou  en Asie et Indonésie, je me suis intéressée au cassis qui pousse souvent dans nos campagnes.

Inconnu chez les Grecs, les Romains et les Arabes, c’est Forestus qui en 1614 y fait référence pour la première fois, en constatant son effet débloquant sur la diurèse chez un malade n’arrivant plus à uriner.

Le Cazin (1) parle d’un ouvrage paru en1792 (Des propriétés admirables du cassis) où le cassis était une plante considérée comme une panacée.
Sans toutefois aller jusque là, il nous a semblé intéressant d’étudier ses possibilités thérapeutiques.

Un peu de botanique

Le nom scientifique du cassis est le Ribes nigrum L.. Il appartient à la famille des grossulariaceae. Il a quelques autres noms dont le groseiller noir ou le cassissier.
Il existe à l’état sauvage dans toute l’Europe septentrionale, centrale et orientale.
Il est très cultivé en Pologne, mais aussi en France, surtout en Bourgogne pour ses fruits. Il recherche les terrains ombragés, plutôt humides.
C’est un arbuste de 1,5 à 2 mètres de haut. Ses feuilles ont 3 à 5 lobes, elles sont dentées et caduques. Les dents sont déterminées par des nervures palmées. Les feuilles sont recouvertes de poils, et sont fortement odorantes ; elles comportent de nombreuses petites glandes à essence sur leur face inférieure.
Les fleurs éclosent d’avril à juin en grappe pendantes. Elles ont une couleur jaune verdâtre, elles sont composées de 5 pétales.
Les fruits sont des baies d’un rouge presque noir, qui permettent de permettent de faire une liqueur très connue ( la première distillerie remonte à 1840 dans la ville de Dijon)

Parties utilisées et constituants 

Les feuilles et les bourgeons
– Les bourgeons contiennent une huile essentielle en faible quantité, mais surtout des flavonoïdes (tanins, rutine et isoquercitine)
– Les feuilles contiennent 0,2% d’huile essentielle (terpènes et sesquiterpènes), des tanins comme les bourgeons, des minéraux (K, Mg,Ca), de la vitamine P, B1, B2, et C (leur teneur en vitamine C est 5 à 10 fois celle du citron). Elles contiennent aussi comme les bourgeons de nombreux flavonoïdes. On y trouve aussi de la provitamine A et des acides aminés (proline et arginine).
On utilise les feuilles fraiches ou séchées, on les ramasse jusqu’en juin.

L’huile de pépins de cassis
Obtenue par pression à froid, elle est riche en acides gras essentiels comme l’acide stéaridonique (oméga 3) et l’acide gamma linoléique (oméga 6).
Elle pourrait tout à fait se substituer à l’huile d’onagre.

Les fruits
Les fruits contiennent 10 à 14 % de glucides, de la vitamine C, des flavonoïdes et des pigments anthocyanosides.
Les baies sont beaucoup plus riches que le citron en vitamine C. Cela explique en partie sa renommée en tant que fruit de la longévité au XVIIIème siècle.
Les fruits sont aussi riches en acides gras polyinsaturés (2/3 d’oméga 6 ou acide gamma linoléique et 1/3 d’oméga 3 ou acide stéaridonique).
Enfin, ils sont remplis de nombreux acides organiques (citrique, malique, glycolique).
Les fruits sont utilisés frais (en sirop, en gelée..) ou séchés.

Propriétés

Les feuilles
On utilisait, dès le 17ème siècle, ses feuilles en infusion comme boisson rafraichissante et désaltérante.
C’est à cette époque que l’on découvre leurs propriétés diurétiques : leur action est très liée à la gestion de l’eau en énergétique.
Des expérimentations chez l’animal ont montré des effets diurétiques. Elles stimulent l’excrétion du sodium et réduisent la pression artérielle.
De plus, elles auraient aussi, chez l’animal, une activité anti radicaux libres et anti nécrotiques sur les hépatocytes.
Elles provoquent l’élimination de l’acide urique et semblent tamponner l’acide gastrique.

Les bourgeons
Les bourgeons portent en eux un concentré de la force de la plante par une transmission de l’énergie des tissus embryonnaires.
Le macérat glycériné de bourgeons est utilisé pour consolider les fractures, soulager les articulations et améliorer leur souplesse.
Le bourgeon a en fait les mêmes activités que la feuille, c’est-à-dire une activité anti inflammatoire, cortico stimulante et immunostimulante.
Personne n’a à ce jour mis en évidence d’effets indésirables aux doses préconisées.

Le cassis est très lié à la gestion de l’eau en terme énergétique et participe à la détoxication. C’est un véritable draineur des articulations (surtout du genou), de la peau, des muqueuses, des différents organes( foie, cœur, poumon, rein) et des entrailles( intestin grêle et colon).
Il possède aussi une activité anti oxydante en augmentant l’activité glutathion peroxydase, en inhibant la cyclo oxygénase et la lipogénase, en protégeant la dégradation du collagène et en régulant l’agrégation des plaquettes.

Delavear indique que les flavonoïdes agissent en inhibant la libération d’histamine par les mastocytes qui, mieux protégés, stimuleraient la sécrétion des catécholamines( hormones anti inflammatoires).

Les fruits
Les fruits agissent beaucoup par les anthocyanosides (vitamine P) et les flavonoïdes qu’ils contiennent : ils ont une action veinotonique, ils protègent la paroi des vaisseaux et améliorent aussi la vision nocturne. Ils ont de plus une activité anti diarrhéique par les pectines et une activité anti œdème.

Pratique et usages traditionnels pour des traitements naturels

Les feuilles
Elles sont utilisées depuis très longtemps (XVIIème siècle) pour le traitement de fond des rhumatismes et de la goutte (élimination de l’acide urique), la difficulté à uriner avec présence de dépôts, la lithiase urinaire, l’albuminurie et l’obésité.

On peut les utiliser à l’état sec ou fraîches, en infusion (100 grammes environ pour 1 litre d’eau) à raison d’un ½ litre par jour, ou en décoction, nébulisat, poudre micronisée ou teinture mère (50 gouttes 3 fois par jour).
Elles sont aussi indiquées comme traitement adjuvant dans l’hypertension, l’artériosclérose et l’insuffisance hépatique.

Les feuilles peuvent aussi aider dans le traitement des dermatoses comme dépuratifs (acné, eczéma, psoriasis…).

Dans les rhumatismes, le cassis peut être associé aux feuilles de Frêne, au Saule, à l’Harpagophytum, ou à la Reine des prés.
Pour anecdote, l’infusion à froid de feuilles dans de l’eau avec un peu de sucre et de vin blanc est très désaltérante.

Les bourgeons
Ils ont les mêmes indications que les feuilles, mais sont sans doute plus puissants énergétiquement.
Ils peuvent être utilisés dans les allergies en association avec le Curcuma par exemple ou le Cynara.

Dans les infections ORL, l’association avec l’Echinacea en TM ou extrait sec est très efficace.
Dans les fatigues chroniques, ils peuvent être associés à des plantes adaptogènes (Eleuthérocoque, Rhodiola ou Ginseng).

Les fruits
Les baies fraîches sont surtout employées pour la préparation de sirops, de gelées ou confitures, de purées ou de vins.

Ils peuvent s’employer en décoction dans les angines (sous forme de gargarismes) et la dysenterie chronique.

On peut aussi les employer en usage externe pour la fragilité capillaire : sous forme fraîche ou séchés, les fruits sont utilisés dans l’insuffisance veineuse ou capillaire, en cas de crise d’hémorroïdes, dans la prévention des accidents vasculaires, ou pour augmenter l’acuité visuelle (surtout nocturne).
Dans ces derniers cas, les baies complètent bien l’action de la Myrtille, de la Vigne rouge, du Noisetier , de l’Aesculus ou de l’Hamamelis.

Conclusion

Sans être une véritable panacée comme on pouvait le considérer aux 17 et 18ème siècles, je crois vraiment  intéressante l’attention que nous pouvons porter au cassis sous ses différentes formes (feuilles, bourgeons, baies ou même huile de pépins de cassis (qui n’a rien à envier à l’huile d’onagre).

Dans une société ou le stress est envahissant, une plante cortico stimulante est très utile.
De plus, ses propriétés dépuratives et anti oedèmes, ne peuvent que nous aider à éliminer les surcharges nombreuses et variées de notre monde moderne mais au combien rétrograde par son mode de vie.
Ses fruits sont très appréciés dans différentes préparations pour leur grande richesse en vitamine C et en flavonoïdes.

Je rappellerai enfin qu’il n’ya aucune contrindication à son utilisation et qu’à ce jour, il n’a été découvert aucun effet secondaire.
C’est la saison, mangeons du cassis.

Dr Monique ARTAUD   juin 2009

(1) Le CAZIN : premier traité de phytothérapie moderne rédigé par le célèbre Docteur CAZIN, médecin de campagne au XIXème siècle. Il renonce aux préparations pharmaceutiques car “l’apothicaire” a alors mauvaise réputation, mais aussi car il lui faut soigner des paysans pauvres. Il se base sur les écrits des érudits et sur la tradition des paysans.

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